Zidane, icône malgré lui

Publié le par Adriana Evangelizt

Une très belle biographie..

Branchez vous et écoutez... son arrivée en Algérie... avec des photos qui défilent...

Zidane, Icône malgré lui


par Jean-Sébastien Stehli, Anne Vidalie, Paul Miquel


Qu'il soit ou non le sauveur des Bleus lors de ce Mondial, au fond, cela importe peu. Simplicité, discrétion... Depuis longtemps, pour les Français, l'homme compte plus que le sportif. Pourquoi le roi du foot est-il devenu un héros moderne?

Il est à la fin de sa carrière, plus tout à fait celui qui a fait chavirer les amoureux du foot et les autres. Pourtant, à la veille de sa dernière Coupe du monde, Zinédine Zidane n'a jamais été si présent. A Cannes, il était à l'affiche de deux films: Zidane, un portrait du XXIe siècle, réalisé par deux artistes contemporains, et Une équipe de rêve, un documentaire consacré aux ex-apprentis footballeurs de l'AS Cannes, quand tout le monde l'appelait Yazid, son deuxième prénom. Son portrait géant recouvre la façade de plusieurs immeubles parisiens de la compagnie d'assurances Generali, l'un de ses sponsors. Sœur Emmanuelle l'a choisi comme premier sujet de sa collection Champion de vie, qui raconte, en bande dessinée, le parcours de héros du quotidien, illustres ou inconnus. En 1999, il a détrôné l'abbé Pierre comme personnalité préférée des Français. Jamais un sportif - ni un Raymond Kopa, ni un Jean-Claude Killy, ni un Michel Platini - n'avait suscité un tel consensus, une telle affection dans toutes les couches de la société française. Qu'est-ce qui, chez cet homme doux et silencieux de bientôt 34 ans, magnétise ses concitoyens? Quel est le secret de son incroyable popularité?

Bio Express

23 juin 1972
Naissance à Marseille.


1986
Intègre le centre de formation de l'AS Cannes.


20 mai 1989
Premier match de première division.


1992
Part à Bordeaux.


17 août 1994
Première sélection en équipe de France.


1996
Rejoint la Juventus de Turin.


12 juillet 1998
Champion du monde.


2001
Passe sous les couleurs du Real Madrid.


2 juillet 2000
Champion d'Europe.


12 août 2004
Quitte les Bleus...


3 août 2005
… et les retrouve.

Au cours de ses douze ans en équipe de France, Zidane a épuisé tous les superlatifs de la langue française, toutes les nuances du vocabulaire footballistique. Tant a été dit sur sa technique, son style, les feintes imaginées et mises au point sur le béton de la place de la Tartane, dans la cité marseillaise de la Castellane. L'écrivain Dominique Paganelli (Libre Arbitre, Actes Sud), qui le suit depuis ses débuts, dit qu' «il est d'une légèreté terrible». Même Aimé Jacquet, le sélectionneur qui a mené les Bleus au titre mondial en 1998, reste admiratif: «Zidane fait partie des joueurs d'exception, au même titre que Diego Maradona ou Johan Cruyff. Techniquement, il a toujours un petit temps d'avance sur le jeu; il va plus vite que ses adversaires, tout en restant efficace et élégant. Sa gestuelle est d'une grande simplicité.» Ses coéquipiers de l'épopée se tournent vers lui comme vers l'homme providentiel, celui qui peut faire des miracles. «Zinédine est capable de supporter n'importe quelle tension, admire Robert Pires. A la limite, quand on joue avec lui, on pense: “C'est pas grave, Zizou est là.”»



Il a pourtant des détracteurs. Certains puristes lui préfèrent Michel Platini, dit «Platoche». «Il lui a toujours manqué un doigt de niaque, regrette le journaliste Serge Kaganski dans l'hebdomadaire Les Inrockuptibles. Les statistiques ne mentent pas: Zidane a planté 28 buts en 100 sélections en équipe de France, à comparer aux 41 pions (dont beaucoup furent décisifs) de Platoche en 72 sélections.»

Mais «Dieu», comme l'appelle Thierry Henry avec une pointe d'ironie, il ne l'a pas toujours été. En 1998, alors qu'il est déjà une star, Zidane ne fait pas partie des leaders des Bleus. Il se tient en retrait, et se garde bien d'intervenir auprès d'Aimé Jacquet, raconte un ancien équipier. «Zizou» ne s'implique pas beaucoup dans la vie de la collectivité. Lors des déplacements en car, il s'installe toujours au fond, avec ses complices attitrés, Vincent Candela et Christophe Dugarry.

Le titre de champion du monde n'y change rien, ni la victoire à la Coupe d'Europe 2000: Zidane n'a toujours rien d'un meneur. Il n'a pas l'autorité d'un Deschamps, l'aisance d'un Blanc, les talents de négociateur d'un Desailly. Maintenant que les cadres de sa génération sont à la retraite, Zidane se retrouve en première ligne, promu leader technique et moral du groupe. Ceux qui le connaissent bien savent qu'il doit forcer sa nature pour jouer les chefs de clan et aller au-devant des jeunes. Quoique taiseux, Zidane est un sanguin sur le terrain. Il a récolté 15 cartons rouges, qui lui ont valu plusieurs suspensions.

Peu importe. Car, aux yeux des Français, le footballeur s'est effacé derrière l'homme. «Zidane est l'un des très rares athlètes dont le nom suscite plus d'appréciations liées à sa personnalité qu'à ses performances sportives, souligne Gilles Dumas, patron de SportLab, un cabinet d'études et de conseil en marketing. L'homme pèse plus lourd que le footballeur.» Les qualités spontanément attribuées à «Zizou», selon une étude menée en 2005 par SportLab? Discrétion, simplicité, empathie. L'intéressé assume. «Je sais que les gens ont l'impression que je suis resté normal, et c'est ce qui leur plaît», déclare-t-il ce mois-ci dans Psychologies Magazine. Zidane, allergique aux rituels de la jet-set, a le goût des choses simples et le dit. Simplement. Son plaisir? Partager une galette de Kabylie faite par sa mère, Malika, avec Véronique, sa femme, leurs quatre garçons, ses frères et quelques potes de la Castellane. Sa conception d'une vie réussie? Que ses enfants voient en lui «un bon papa». Son ambition? Etre quelqu'un de bien. Point.

 



«Zidane, c'est la vedette mondiale qui pourrait être votre voisin de palier, analyse Pascal Boniface, patron de l'Institut de relations internationales et stratégiques, mordu de ballon rond, qui vient de publier Football et mondialisation (Armand Colin). Il émane de lui un sentiment de gentillesse et de douceur, donc de proximité.» Le pédopsychiatre Marcel Rufo voit en lui «une sorte d'ami d'enfance qui nous donne confiance, à nous comme à l'équipe de France».Le gosse des quartiers nord de Marseille a beau engranger chaque année 14 millions d'euros, au bas mot, l'argent ne lui a pas tourné la tête, jurent ses proches. «Un jour, nous avons essayé ensemble un jeu vidéo qu'il avait acheté pour ses fils, se souvient Olivier De Los Bueis, qui anime le site Internet Zidane.fr. Il ne marchait pas. Zidane m'a dit, “Tu te rends compte, 40 euros pour ça! Tu imagines la déception pour un papa qui ne peut offrir qu'un cadeau à ses enfants dans l'année...”»

Un attachement proclamé aux valeurs familiales


Nordine Mouka, vendeur à la Fnac de Cannes, a revu son pote Yazid en mars dernier, à Madrid, pour le tournage d'Une équipe de rêve. Onze ans que les deux anciens apprentis footballeurs ne s'étaient pas vus. «On l'a retrouvé aussi simple et discret qu'on l'avait quitté, raconte-t-il. Il était hypercontent de nous voir. Il nous avait pris des places pour le derby Atletico-Real, puis on est tous allés dîner ensemble au resto. Yazid, c'est la classe. Et la grâce.»

A l'image de sa marionnette des Guignols de l'info, «Zizou» s'excuse presque de sa timidité et de sa discrétion. «Ce n'est pas feint, affirme Guy Alba, président de l'Association européenne contre les leucodystrophies, que parraine Zidane. La première fois qu'il a pris contact avec moi, j'étais en réunion. Ma secrétaire lui a dit que je n'étais pas joignable. Il lui a laissé un message: “Dites-lui que M. Zidane a téléphoné. Je le rappellerai.”» Ce qu'il a fait, effectivement, quelques jours plus tard. «Il ne perd pas une occasion de dire qu'il n'est qu'un footballeur, pas une star», souligne Etienne Labrunie, qui vient de publier Zidane. Maître du jeu (Timée-Editions).

L'idôle des marques


Zidane est l'anti-Beckham. Alors que les sponsors ne se bousculent plus à la porte du joueur anglais, le n° 10 français, lui, est une valeur inoxydable. «C'est une icône humaniste, explique Jacques Bungert, patron de Young & Rubicam, l'agence de publicité de Danone, avec qui il a signé un contrat de onze ans. Le football l'a révélé, mais il rayonnera autrement après.» Mêmes louanges chez l'assureur Generali, qui l'a choisi pour sa récente campagne. «Zidane est déjà entré dans l'histoire, explique Marie-Christine Lanne. Son image est très forte en dehors du terrain. Il inspire la confiance et représente la compétence, le talent, avec, en plus, une élégance morale.» Avec une telle aura, pas étonnant que les marques le sollicitent. L'opérateur de mobiles Orange, Danone, Adidas, CanalSatellite, Audi et le groupe de vêtements Zannier se sont associés à lui pour un total de 8,6 millions d'euros de contrats publicitaires. Que Zidane évite la politique ou les sujets de société n'est pas pour déplaire aux annonceurs, qui redoutent la controverse. A condition qu'ils soient prêts à mettre sur la table au moins 1 million d'euros pour se l'offrir.


L'attachement proclamé de Zidane aux valeurs familiales plaît, aussi. Pas un entretien sans qu'il rende hommage à ses parents et aux valeurs qu'ils lui ont inculquées - respect des autres, humilité, travail. Ou qu'il évoque avec émotion ceux qui l'ont aidé, entouré, aimé, quand il n'était que Yazid. Avant la gloire et l'argent. Avant le temps des courtisans. A ceux-là il voue une fidélité indéfectible. A Jean Varraud, qui l'a recruté à l'AS Cannes en 1987. A Jean-Claude et Nicole Elineau, qui ont hébergé pendant un an l'adolescent de 13 ans, à son arrivée au centre de formation de l'AS Cannes. «De la dizaine de jeunes joueurs qui ont vécu chez nous, il est le seul à être resté en contact, témoigne Nicole. Pourtant, il est aussi le seul à avoir fait une grande carrière.» Elle égrène avec émotion les gestes de reconnaissance: les mots de remerciement adressés aux Elineau par l'adjoint au maire, à la demande de Yazid, lors de son mariage; le déjeuner partagé dans la maison de Pégomas, quand le maire de Cannes attendait «Zizou» au Palais des festivals pour lui remettre la médaille de la ville.

Zidane n'a jamais oublié, non plus, son entraîneur de Septèmes-les-Vallons, Robert Centenero. L'homme qui les emmenait, lui et ses copains, aux matchs et aux entraînements dans sa 104 à toit ouvrant et leur donnait de l'argent, le dimanche, pour qu'ils s'achètent à manger. Début juillet 2000, de retour de Rotterdam, où les Bleus viennent d'être sacrés champions d'Europe, «Zizou» passe à Marseille embrasser ses parents. Robert Centenero, lui, va mourir. «J'ai appris que Yazid était dans la région, se souvient Fernand Boix, un dirigeant du club de Septèmes. J'ai contacté son frère Nordine, pour lui faire passer le message. Ils m'ont rappelé pour me donner rendez-vous.» A l'heure dite, une Mercedes aux vitres fumées s'arrête devant la clinique la Raphaëlle, à Cannes. Zidane est à bord. Direction l'appartement de son ancien entraîneur, pour un ultime tête-à-tête.

Avant tout, le gamin de la Castellane est fidèle au clan familial. C'est en famille qu'il gère son business. Le capital de Zidane Diffusion, l'entreprise qui contrôle ses droits à l'image, est réparti entre lui, sa femme, sa sœur, Lila, et ses trois frères, Djamel, Farid et Nordine. Les deux derniers, installés dans un centre d'affaires des quartiers nord de Marseille, ont la haute main sur toutes les sollicitations, commerciales et médiatiques. «Il aurait pu confier ses affaires à une boîte spécialisée, mais il préfère que les commissions sur les contrats reviennent à ses frères», remarque Gilles Dumas.



Engagé dans des causes consensuelles


Le roi du foot business est aussi le chouchou des Français parce qu'il donne de son temps et de sa personne, depuis 2000, pour la cause qui lui tient à cœur: l'Association européenne contre les leucodystrophies (ELA), ces maladies génétiques qui attaquent le système nerveux central. Zidane est un parrain en or, selon Guy Alba, le président: «Extraordinaire de douceur, de patience et d'attention envers les enfants.» Comme le jour où «Zizou», invité à lire la dictée d'ELA dans un collège lyonnais, a insisté pour aller dans toutes les classes, malgré un timing très serré, parce qu'il ne voulait pas décevoir les gamins. Ou ce 18 juin 2005 passé à serrer des mains et signer des autographes au stade Jean-Mermoz de Yutz (Moselle) pour honorer la promesse faite à une habitante dont le fils, malade, rêvait de rencontrer son idole. Morgan était mort entre-temps. Le capitaine des Bleus, lui, a tenu parole.

Zidane n'a pas l'âme d'un croisé ni d'un porte-drapeau. Il ne revendique pas. Ne prend pas position. Ne milite pas. «Il s'engage dans des causes consensuelles, mais il ne s'exprime pas sur les sujets qui divisent, comme la politique», observe Pascal Boniface. Tout juste a-t-il consenti à dire, du bout des lèvres, son opposition à Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle de 2002. Pas un mot, en revanche, sur les émeutes de l'automne 2005 dans les banlieues. Au grand dam des jeunes des cités. «Où est Jamel Debbouze? Où est Zidane?» entendait-on à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Leur idole les a déçus.

«Avec la victoire de 1998, Zidane a été érigé en icône d'une France black-blanc-beur introuvable», note Fabrice Jouhaud, qui vient de publier La Bande à Zidane (Solar). Peu importe qu'il n'ait jamais voulu endosser ce rôle, ni aucun autre, Zidane fait rêver, et il n'y peut rien. «C'est un héros contemporain, décrypte l'ethnologue marseillais Christian Bromberger. Il incarne à la fois la méritocratie à laquelle nous aspirons, la modestie et l'intégration réussie.» Lui voudrait juste qu'on le laisse vivre sa vie. Avec les siens. Sans tapage. C'est trop tard, ou trop tôt.


Sources L'Express

Posté par Adriana Evangelizt


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