Un homme

Publié le par Adriana Evangelizt

Un homme

Par Antoine de GAUDEMAR

Quoi qu'il arrive dimanche soir au stade olympique de Berlin, Zidane, déjà roi, connaîtra un deuxième couronnement. S'il perd, ce sera avec tous les honneurs et dans le respect unanime de quelqu'un qui aura une fois de plus entraîné son équipe jusqu'au sommet. S'il gagne, son histoire aura toutes les dimensions d'un scénario hollywoodien modèle. Un fils d'immigré kabyle ayant grandi dans les quartiers Nord de Marseille, un enfant de la rue devenu une star internationale, un champion du monde ayant connu une descente aux enfers avec retrait prématuré et fin de carrière difficile, et enfin un joueur vieillissant et déclinant opérant un come-back incroyable, pour donner une deuxième fois aux Bleus la coupe sacrée. Gloire, chute, résurrection et apothéose, quelle dramaturgie parfaite ! De quoi créer un mythe édifiant, une icône planétaire, dépassant encore la légende d'un Pelé ou d'un Maradona. «Zidanite», dit Jamel Debbouze, pour décrire cette adoration galopante et ces exercices d'admiration sans mesure qui le font comparer ici même par des artistes lucides à Fred Astaire, d'Artagnan ou Marilyn. Qu'est-ce qui enthousiasme autant chez Zidane ? Ses gestes de pure grâce et son génie du jeu, assurément, son efficacité de canonnier et sa précision d'esthète également, son charisme de capitaine valeureux tout autant. On loue aussi l'homme qu'il est loin des stades, réservé, modeste, un homme lisse, consensuel, que le New York Times décrit comme «le plus cool de la planète». C'en est presque trop, on cherche le défaut. Sur le terrain, il sait aussi être méchant, rancunier, violent, et dans la vie, jaloux, mesquin, âpre au gain, non ? Zidane est un héros, bien sûr, mais qu'il reste aussi un homme, juste un homme.
Sources : Libération

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