L'Italie a gagné mais à quel prix ?

Publié le par Adriana Evangelizt

L'Italie a gagné mais à quel prix ?

par Jean-Marc Manach
 

'Italie a gagné, mais à quel prix ? Interrogée par le Guardian, une jeune femme précise ainsi que "le meilleur n'est pas tant d'avoir gagné que d'avoir gagné contre la France". Pour le quotidien britannique, le Circus Maximus de Rome, où 200 000 tifosis s'étaient réunis pour assister au match, n'avait probablement pas connu une telle liesse depuis les courses de chars qu'il accueillait il y a 2 000 ans ! Il Tempo – pour qui le patriotisme est préférable à Coubertin, parce que "l'important est de gagner, pas de participer" – écrit "notre revanche contre Zidane est consommée, l'Italie le méritait, six ans et sept jours après"  la défaite de l'Italie en Coupe d'Europe. Libero, ironiquement, affiche en "une" : "Garçon, champagne". La Stampa, résumant bien l'état d'esprit transalpin, affiche un non moins sobre "Campioni del mondo" suivi de cinq points d'exclamation. Dans La Repubblica, le président de la République se félicite quant à lui de cette victoire "qui redonne du sens de l'honneur et de l'identité nationale à notre pays, qui a tant de problèmes et en avait bien besoin". Ce qu'Il Tempo résume en rappelant que si le footbal italien, à cause du scandale des matches truqués, a les pieds dans la boue, il a aussi désormais la Coupe du monde dans les bras, et donc lavé l'honneur du pays.

Le Telegraph parle pour sa part d'"une nuit de drame, d'intrigue et de virtuosité" digne d'un opéra de Verdi, mais dont le scénario aurait peut-être été considéré comme abusif par la Scala. Et la beauté et la "sublime grâce" de Zinédine Zidane ne résistent pas à son coup de tête. Pour le Times, c'est d'autant plus difficile à admettre que la France a dominé le match, même après l'expulsion de "Zizou". Et si l'on ne saura jamais qui aurait gagné s'il n'avait perdu la tête de la sorte, le quotidien britannique se refuse de plomber définitivement sa réputation, dans l'attente d'un complément d'enquête sur la provocation dont il aurait fait l'objet. Si les journaux italiens n'évoquent guère l'attitude du capitaine des Bleus, et encore moins ce que Marco Materazzi a bien pu lui dire pour qu'il l'agresse ainsi, Le Corriere note néanmoins que "Zidane aurait pu être célébré comme un héros, mais qu'il est parti la tête basse, à cause d'un coup de tête".

L'émotion est d'autant plus forte que les footballeurs sont des modèles, et le Mondial leur célébration. Le Gleaner jamaïcain notait ainsi dimanche matin que Zidane, du haut de ses 34 ans, avait plus contribué à unifier l'humanité que n'importe lequel des traités politiques, de même que Diego Maradona, "tout drogué, imbécile et incontrôlable qu'il soit, a plus réuni de monde autour de lui que Platon, Kant, Einstein, Gandhi et Mandela". Kofi Annan clamait pour sa part, en ouverture du Mondial, à quel point il en était envieux : alors que la FIFA compte 207 membres, les Nations Unis n'en dénombrent que 191. Pour le secrétaire général de l'ONU, le monde se porterait bien mieux si le concert des nations adoptait ce type de compétition où chaque pays a ses chances et où les citoyens sont fiers de lui appartenir, où les fils d'immigrés deviennent des héros nationaux et où tout le monde respecte les règles du jeu.


Mais pour le Times, impossible de ne pas voir dans ce match ("en noir et blanc") une conséquence de ce qui s'est passé, en Italie, ces dernières années. Ou, plus précisément, à la Juventus de Turin : six des vingt-deux joueurs qui se sont affrontés hier soir font partie de l'équipe – qui risque fort d'être reléguée en troisième division – sans oublier le fait que Thierry Henri et Zinédine Zidane en firent eux aussi partie, et que Trezeguet en est le buteur attitré. Et beaucoup avaient quelque chose à prouver. Or, si la Squadra azzurra a contribué cette nuit à réhabiliter la réputation des joueurs de la Juve, celle de Zidane s'en trouve du coup entachée. D'où cette question : "pourquoi tricher ?"

Sources : Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Coup de tête

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